Par Léonard Colomba-Petteng.

Il est 16h30, samedi 2 février 2019, lorsque le président de la République du Niger Issoufou Mahamadou déclare solennellement l’ouverture de la 21ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations des moins de 20 ans. Le stade Général Seyni Kountché de Niamey est plein. Les plus hauts responsables nigériens et le corps diplomatique accrédité à Niamey ont fait le déplacement. Les chants rythmés des militaires et des policiers se font entendre dans toute la ville. Car c’est une petite révolution qui se joue pour le football nigérien. Le 26 mai 2015, le comité exécutif de la Coupe d’Afrique des Nations désignait pour la première fois le Niger pour accueillir l’une de ses compétitions au plus haut niveau. Le 24 janvier dernier le ministre des sports nigérien, Moctar Kassoum, encourageait vivement les journalistes sportifs à assurer la couverture de l’événement dans tout le pays.

Depuis près de deux semaines la CAN Total-U20 voit s’affronter l’Afrique du Sud, le Burundi, le Niger et le Nigeria (groupe A) à Niamey. Le Burkina Faso, le Ghana, le Mali et le Sénégal (groupe B) se sont rencontrés au stade régional de Maradi. Le Nigeria, septuple tenant du titre faisait figure de favori avant même le début de la compétition. L’équipe des Flying Eagles pouvait compter sur son attaque solide emmenée par Wilfred Ndidi (Leicester City) et Isaac Success (Watford FC). Les nigérians se sont finalement inclinés en demi-finale face à une équipe malienne combative à l’issue d’une séance de tirs au but chaotique. Le Sénégal s’est défait non sans difficulté de l’Afrique du Sud (1-0) pour se qualifier en finale. Qui du Mali ou du Sénégal succèdera à la Zambie, championne et hôte de l’édition 2017 ?

Le colonel-major Djibril Hima Hamidou, président de la fédération nigérienne de football, voulait croire à l‘exploit du Niger. Après deux victoires contre le Ghana (2-0) puis le Maroc (1-0) durant les matchs de préparation, le MENA Junior avait réalisé une performance solide contre l’Afrique du Sud en match d’ouverture, avec 71% de possession de balle à l’issue des 90 minutes de jeu (1-1). Un deuxième match nul contre le Burundi (3-3) et une défaite contre le Nigeria (1-0) n’auront pas suffit pour assurer une qualification à l’issue des phases de poules. Le MENA Junior n’aura pas démérité. D’autant plus que le Niger ne fait pas vraiment figure de haut lieu du football à côté de ses voisins nigérian et malien. Il n’existe pas de championnat de football professionnel à proprement parler au Niger. Les équipes des administrations nationales s’affrontent en première division. Actuellement la Garde nationale, la Police et les forces armées nationales se partagent respectivement les trois premières places du championnat. La Gendarmerie, 14ème du classement, ferme la marche. Les infrastructures sportives se font rares au-delà de Niamey et les moyens alloués à la FENIFOOT sont dérisoires. A l’issue de leur lourde défaite contre l’Egypte en septembre dernier (6-0), les joueurs du MENA Senior avaient exprimé leur frustration auprès de la fédération. Pour ne rien arranger, le colonel-major Pelé annonçait quelques jours plus tard que l’équipe nationale perdait son dernier sponsor. Et pour cause, au Niger c’est moins le football que la lutte qui soulève les foules. Le « Sabre National » plutôt que la CAN : Issaka-Issaka plutôt que Moussa Maazou.

Une haie d’honneur s’est dressée spontanément devant le bus qui transportait le MENA Junior pour le match d’ouverture de la CAN-U20

Au-delà de l’enjeu sportif, c’est un véritable défi logistique auquel a dû faire face le Niger pour accueillir la compétition. Une ligne aérienne a été spécifiquement mobilisée pour assurer la liaison entre Niamey et Maradi, afin d’épargner aux supporters et aux équipes nationales les neuf heures de trajet qui séparent les deux villes par la voie terrestre (RN1). Les stades accueillant les matchs ont dû être rénovés afin de répondre aux normes imposées par la Confédération africaine de football. Les travaux ont nécessité l’installation de nouveaux spots de lumière et la construction d’un terrain d’entraînement à Maradi. Les chantiers n’étaient réalisés qu’à 80% à quelques jours du match d’ouverture. Des problèmes d’éclairage à Maradi ont posé de sérieux problèmes organisationnels, obligeant les responsables du tournoi à décaler trois matchs de poule. Plusieurs journalistes – du quotidien L’Enquêteur – ont réclamé la démission du ministre des sports.

Plusieurs voix d’opposition au président Mahamadou Issoufou se sont élevées pour dénoncer les sommes mobilisées pour l’organisation de la CAN-U20, alors que le Niger détient le triste record du plus faible indice de développement humain du monde. Les cadres de la FENIFOOT préfèrent y voir une opportunité de disposer d’un deuxième stade – celui de Maradi – homologué par la confédération africaine de football et d’infrastructures sportives à disposition par les Nigériens. Ces arguments ne sont pas sans rappeler la polémique qui avait vu le jour lorsque le Rwanda de Paul Kagamé décidait de sponsoriser l’équipe d’Arsenal en 2017.

La finale de la CAN-U20 opposera le Mali et le Sénégal le 17 février au stade général Seyni Kountché de Niamey

La tenue de la CAN-U20 s’inscrit dans une stratégie plus large du pouvoir nigérien visant à gagner en visibilité sur la scène africaine. Depuis son arrivée au pouvoir en 2011, le projet pour un  « Niger Renaissant » se matérialise par la multiplication de grands travaux tous azimuts. Citons par exemple l’inauguration d’un troisième échangeur (véritable fierté pour les Niaméens), la construction d’un troisième pont sur le fleuve, l’agrandissement de la route reliant l’aéroport international Diori Hamani au centre-ville, et les divers projets d’embellissement de la capitale. En termes de politique étrangère, les principaux chantiers du président nigérien concernent l’intégration au sein du “G5 Sahel” et la création d’une zone de libre-échange africaine (ZLECAf), projet dont il est l’un des plus ardents défenseurs. Le 12 février 2019, Issoufou Mahamadou a été désigné pour assurer le rôle de vice-président de l’Union africaine, représentant l’Afrique de l’Ouest. C’est dans cette quête assumée de rayonnement régional que le Niger s’apprête à « accueillir l’Afrique » en juillet prochain à l’occasion de la 33ème conférence de l’Union africaine.

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