La traite en Libye : impuissance de la société civile ?

Par Malik Samb.

Lorsqu’en novembre 2017 la journaliste soudanaise Nima Elbagir publie un reportage témoignant de ventes aux esclaves en Libye, la société civile africaine et mondiale s’aperçoit de son impuissance. L’animateur de radio Claudy Siar affirmait lors d’une conférence à Sciences Po Paris organisée par l’ASPA que de son point de vue, Etats et organisations internationales en charge de la question migratoire ne pouvaient pas croire que les camps de migrants en Libye étaient de tranquilles lieux de villégiature…

Alors face à la “découverte” de la persistance de la traite, la société civile s’est rassemblée. Dès le 18 novembre, des milliers de manifestants se sont réunis à Paris à l’appel du “Collectif contre l’esclavage” emmené par Claudy Siar. En replaçant cet événement dans un temps long et en proposant une réflexion autour de la négrophobie, l’animateur s’est fait le porte-voix de la cause anti-esclavagiste au sein de la société civile. D’autres organisations, comme Urgences Panafricanistes, ont également fait entendre leur voix. Il est apparu que cet évènement pouvait servir de catalyseur à toute une société civile, diasporique et continentale, et lui permettre de dénoncer et proposer des solutions aux maux qui traversent le continent.

La mobilisation sera ensuite soutenue par diverses personnalités, de Paul Pogba, à Salif Traoré, en passant par Alpha Blondy ou encore Felwine Sarr. Tous appellent à la responsabilité des Etats africains envers leur ressortissants. Tous rappellent les responsabilités historiques et militaires des puissances occidentales en Libye.

Entre enquêtes officielles (conduites par les autorités libyennes et les autorités internationales), pétitions, condamnations internationales, la mobilisation a eu une influence sur la réaction des Etats et des dirigeants face à cette crise. Mais il semble que la société civile n’aura servi que de porte-voix. Aucune organisation, aucun représentant de la société civile ne fut associé aux pourparlers sur les mesures de rapatriement et d’identification des migrants.

Pourtant, c’est peut être dans cette société civile que se trouverait une part de la solution au problèmes migratoires. Comme l’exprime le politiste soudanais Idris Amir, les Etats africains se sont souvent construits dans un profond détachement de la société civile entre “politique du ventre” et néo-patrimonialisme. L’Etat africain, accaparé par peu, oublie parfois son rôle de protection et de service aux citoyens. De jeunes érythréens, de jeunes maliens, de jeunes sénégalais comme de jeunes nigérians tentent alors la “traversée”…mais voient leur route se finir dans un camp, voient leurs vies vendues pour huit-cent dinars libyens.

L’indignation face à cette pratique esclavagiste en Libye nous amène à de profondes questions. Quel rôle politique incombe à la société civile africaine, chanceuse de ne pas avoir à traverser les déserts, les rackets, les viols et enfin la Grande Bleue ? Il faut, dans le souci du bien commun, dans le souci de l’innovation politique, que la société civile africaine, diasporique et continentale, revendique cette gouvernance globale lui permettant au travers de plateformes, de cadres de concertation, de devenir une force politique et ne pas rester dans une position “résigné-réclamant” impuissante face à sa propre Histoire.

Crédits photo: Valentine Watrin

 

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