Madagascar: l’état des lieux au début du mandat d’Andry Rajoelina

Par Zafitiana Cissy

Après une année électorale mouvementée comme c’est maintenant l’habitude de la Grande Ile, Andry Nirina Rajoelina, le candidat numéro 13, a été élu à la présidence de la République de Madagascar. L’homme politique qui le temps d’une conférence avait été reçu à Sciences Po Paris, n’a eu de cesse de réaffirmer son attachement à la patrie et sa volonté de développer Madagascar notamment lors de son investiture au stade de Mahamasina qui avait été, pour l’occasion, décoré aux couleurs du drapeau malgache.

De nombreuses personnalités y avaient été invitées pour l’occasion, notamment ses adversaires politiques pendant la campagne, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana et son épouse, Lalao Ravalomanana, maire de Antananarivo depuis 2015. Les plus hautes instances de la nation y étaient aussi représentées telles que la Haute Cour Constitutionnelle et les membres de l’ancien gouvernement. Le nouveau président a fait beaucoup de promesses durant la campagne, qu’il a réitérées dans son discours d’investiture ; mais encore faut-il pouvoir les tenir. Le ralentissement économique enregistré par Madagascar depuis la crise politique de 2009 est flagrant et il faut bien plus que des promesses pour reconstruire ce que la crise économique qui a suivi a détruit. Les plus superstitieux estiment que la coupure de courant générale qui a paralysé plusieurs endroits durant trois jours, après l’élection de Andry Rajoelina présage d’un mandat compliqué.

L’un des grands enjeux de ce mandat sera aussi de s’attaquer aux problèmes de corruption qui gangrènent quasiment toutes les sphères de la société malgache. Chaque année, au mois de janvier, Transparency International publie son classement des pays selon leur niveau de corruption et Madagascar se place à la 152e place sur 180 pays. Comme le fait remarquer Frédéric Lesné dans RFI, la note est en légère augmentation mais Madagascar reste très en dessous de la moyenne des autres pays africains. Les soupçons de trafic de bois de rose qui ont entaché la période de Transition pendant laquelle Andry Rajoelina était le chef d’Etat constituent un doute sur le fait que les choses pourraient changer. En effet, la corruption à Madagascar est telle qu’on la retrouve pratiquée du plus petit fonctionnaire aux plus hauts agents de l’Etat. Les chauffeurs de taxi de Nosy-Be (une île au Nord de Madagascar) peuvent en témoigner car les policiers et les gendarmes de la ville agissent en mafia organisée et exigent qu’ils versent une somme d’argent tous les jours quand ils font leurs courses. Avoir un permis, mettre sa ceinture de sécurité, etc. ne signifie plus grand choses dès lors qu’on paye l’agent de police qui vous a arrêté. De même, ceux qui se trouvent à l’aéroport en guise de douane essayent de trouver une excuse quelconque pour demander de l’argent à ceux qui entrent ou sortent du territoire malgache. Toutes ces pratiques quotidiennes couplées aux agissements des élites de la politique malgache font que la corruption y règne en maîtresse des lieux.

Andry Rajoelina, qui aime beaucoup se comparer au président français Emmanuel Macron, notamment du fait du jeune âge des deux dirigeants, a exprimé il y a quelques semaines sa volonté de gouverner par ordonnances. En effet, aucune date n’a encore été choisi pour les prochaines législatives alors que le mandat de l’assemblée actuelle va toucher à sa fin. Le président malgache peut donc désormais gouverner sans l’Assemblée nationale car les députés ont voté en ce sens durant une session parlementaire extraordinaire qu’il a lui même appelé. Cette disposition, légale, est censée être temporaire du fait de l’extrême concentration de pouvoirs qu’elle permet aux mains d’une seule personne. Les députés proches de Marc Ravalomanana craignent que des élections législatives ne soient jamais à l’ordre du jour et que Andry Rajoelina puisse légiférer sans vote d’un Parlement élu par le peuple durant cinq années si ce n’est plus. Avec moins de 50% de participation aux dernières élections, il est juste de dire que la population malgache a perdu foi en ses dirigeants et l’intérêt pour les affaires de l’Etat s’est étiolé. Même si pendant la période avant et après les élections, on remarque le port de T-shirt portant la tête de tel ou tel candidat, il ne faudrait pas prendre cela pour une manifestation partisane. L’intense propagande à laquelle on assiste durant le rendez-vous politique qu’est la campagne présidentielle prouve que les candidats, à défaut de nourrir durablement la population, l’habillent.

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