Auteur anonyme

La RDC, un Etat prodigieusement riche en ressources naturelles renouvelables et non renouvelables, est l’objet de pratiques douteuses orchestrées quelquefois au sommet de l’Etat. Celles-ci alimentent plus que jamais des soupçons de corruption généralement documentés et rendus publics. Ces pratiques suspectes, quoique multiples, peuvent être regroupées dans trois grandes catégories : des rabais autrement douteux, des cas de détournement avérés et la construction d’un empire économique colossal par les Kabila et leurs amis.  Parmi les accusateurs du régime, figurent des acteurs divers tels que des ONG, des groupes de presse spécialisés dans la corruption, des think tanks ainsi que des lanceurs d’alerte dont Jean Jacques Lumumba, petit neveu de Patrice Lumumba.

 

Des montages financiers suspects

A plusieurs reprises, la privatisation des ressources naturelles congolaises s’est faite au prix de grands rabais accordés à des entreprises étrangères par la Gécamines (une entreprise étatique contrôlant l’essentielle des ressources minières du pays).  En effet plus d’une fois cette dernière, anciennement détentrice d’une centaine de permis d’exploitation, a cédé ses licences à des prix en dessous des évaluations produites par des experts indépendants.

A titre d’exemple, une réduction de 440 millions de dollars a été accordée à l’entreprise Glencore par le gouvernement congolais. Ainsi, grâce à l’intermédiation de Dan Gertler (un ami du Président Kabila depuis des décennies maintenant), Glencore a acquis des concessions minières au Katanga pour 140 millions de dollars au lieu des 585 millions de dollars initialement demandés par la Gécamines. D’ailleurs, Gertler a été sanctionné par les autorités américaines pour son implication  dans des transactions opaques et entachées de corruption en RDC ayant conduit à son enrichissement personnel.

 

Des soupçons de détournement de fonds publics multiples

L’observation des co-entreprises au Congo a souvent révélé des discordances entre le montant reçu par les entreprises publiques à la suite de concessions minières et celui perçu par le Trésor public congolais ou réellement dépensé. Les procédures opaques combinées à la présence des proches du Président Kabila à tous les postes clés des différents pouvoirs constituent un terreau fertile pour ces détournements. Elles compromettent toute éventualité de représailles voire de contrôle. Ainsi, entre 2013 et 2015, 750 millions de dollars de recettes provenant des partenariats de la Gécamines auraient été absents de sa comptabilité financière, selon Global Witness. C’est la raison pour laquelle, l’ONG internationale de lutte contre la corruption a attribué à l’entreprise étatique le sobriquet de “regime cash machine”.

Auparavant, la relative stabilité du pays dans les années 2000 aidant, la Gécamines aurait gagné de différentes coentreprises 262 millions de dollars par an en moyenne. Le montant cumulé entre 2009 et 2014 avoisine quelque 1,5 milliard de dollars. Cependant, seuls 5% de l’intégralité des dividendes récoltées aurait été effectivement versées au Trésor public congolais, selon le Centre Carter.

 

L’affairisme, la fortune colossale et les avantages de la première famille

La « première famille » de la DRC dispose d’une réelle mainmise sur l’économie du pays. Cela inclut, tout d’abord, les profits personnels que le Président congolais tirerait de marchés octroyés sans appels d’offres. Ainsi, selon la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF), la concession  du projet de construction du Port de Banana à l’exploitant portuaire Dubaï Port World (DPW) permettrait l’enrichissement de certains politiques congolais, dont le président le président Kabila.

Ensuite, la famille Kabila, détient directement ou indirectement quelques 80 sociétés, selon Congo Research Group. Il convient de s’interroger sur la façon dont ces acquisitions incluant de nombreuses concessions minières ont été effectuées alors qu’elle vivait de façon très modeste avant sa prise du pouvoir. Enfin, il est utile de se pencher sur les coûts générés par les avantages dont elle jouit dans son intégralité : un accès préférentiel aux marchés publics, les bons services de la Garde républicaine dans un pays à la stabilité fragile, des prêts de la Banque centrale du Congo (voir les Lumumba Papers).

S’il est impossible de connaître le montant exact de la fortune des Kabila et de leurs amis, leurs dépenses somptuaires permettent néanmoins de se faire une idée sur leur empire économique et financier. En 2017, Le Monde a révélé deux acquisitions coûteuses, effectuées par des proches du président Kabila: un Yacht luxueux, dénommé l’Enigma dont la simple rénovation aurait coûté 25 millions d’euros ainsi que l’achat de 450 animaux sauvages de la Namibie. Ces deux transactions ont fait intervenir plusieurs compagnies offshores.

Face à ces diverses malversations, plusieurs questions jaillissent: le régime de Kabila craindrait-il des représailles en raison de ces multiples scandales de corruption?  Y aurait-il un rapport entre ceux-ci et les incessants reports de la date de départ du pouvoir par le régime?

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