Greenpeace Afrique et l’Etat sénégalais : entre confrontation et coopération

Par Aminata Ndiaye.

En 2014, contre toute attente, le gouvernement sénégalais a attribué 36 licences de pêches aux bateaux de l’Union Européenne pour une durée de 5 ans, suscitant ainsi le courroux de Greenpeace Afrique. Constitués principalement de bateaux français et espagnols, ils étaient autorisés à prélever 14000 tonnes de poissons par an. En contrepartie, le Sénégal a eu droit à une compensation de 15 millions d’euros ainsi qu’une assistance technique de la part de l’UE.

L’attribution de ces licences est en flagrante contradiction avec l’attitude première du président de la République du Sénégal, Macky Sall, qui semblait soucieux de la protection des pêcheries sénégalaises en prenant dès son arrivée au pouvoir une mesure forte : la suppression de 29 licences de pêche attribuées par le régime d’Abdoulaye Wade à des bateaux étrangers.

Face à ce que l’ONG internationale (ONGI) qualifie de défi écologique, une riposte a été organisée. Toute une construction discursive basée sur la dimension sociale a été élaborée par Greenpeace pour attirer l’attention de l’opinion publique. Ainsi, selon elle, ces accords mettent à ​mal la sécurité alimentaire des Sénégalais et le secteur de l’emploi dans le pays (600 000 personnes, soit 5 % de la population sénégalaise évolueraient dans le domaine de la pêche).

Elle a en outre déployé toute une série de répertoires d’actions collectives. D’abord, elle a pris part à la marche des 17 communautés de pêcheurs du Sénégal. Dans le courant de la même année, elle a demandé une révision du code de la pêche du Sénégal de sorte à assurer plus de transparence dans la gestion des pêcheries nationales mais aussi à davantage inclure les acteurs non étatiques dans l’élaboration de politiques nationales liées aux ressources halieutiques. Enfin une pétition a été postée en ligne pour rappeler à Macky Sall ses engagements en faveur d’une révision de la législation sénégalaise en matière de pêche.

Tout au long de cette mobilisation, l’ONGI a misé fortement sur les médias pour relayer ses revendications au niveau national et international et attirer l’opinion publique. Ainsi pouvait-on voir des communiqués de Greenpeace dans des médias nationaux tels que Seneweb, Dakaractu, mais aussi étrangers à l’instar de RFI, Le Monde.

En dépit de ce bras de fer contre le régime de Macky Sall en ce qui concerne l’octroi de licences de pêches aux bateaux étrangers, une étroite collaboration existe entre les deux dans le domaine de la lutte contre la pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN). En 2017, à bord de son célèbre bateau, l’Esperanza, l’ONGI a effectué une expédition dénommée « Espoir en Afrique de l’Ouest » avec les autorités de quelques États de la région ouest-africaine. A l’issue de cette campagne de surveillance, Greenpeace a déclaré avoir repéré 11 bateaux s’adonnant à la pêche illégale et 13 infractions aux réglementations en matière de pêche.

Le Sénégal a constitué la dernière étape de cette campagne de surveillance d’une durée de deux mois. Deux cas de pêche illégale y ont été repérés par les membres de Greenpeace et les agents de la Direction de la Protection et de la Surveillance des Pêches (DPSP). Il s’agit du Marcantonio Bragadin, un navire appartenant à une joint venture sénégalo-italienne ainsi que du Kanbal III, une propriété d’une entreprise sénégalo-espagnole. Le premier bateau aurait selon les autorités sénégalaises versé la somme de 45700 euros dès le lendemain de la patrouille. Quant au second, des enquêtes supplémentaires devaient être menées par la DPSP avant d’établir ou non des sanctions.

A la suite de cette campagne, une série de recommandations ont été adressées aux différentes autorités des États de la sous-région. Par le biais de celles-ci, Greenpeace préconisait la mise en place d’une instance régionale dotée de plus de pouvoirs sachant que les organisations régionales existantes à l’instar de la Commission Sous Régionale des Pêches (CSRP) disposent d’un simple pouvoir de conseil. En outre, l’ONGI a appelé à une harmonisation des politiques nationales en matière de pêche ainsi qu’à une transparence des accords de pêche bilatéraux signés par les pays de la sous-région. Last but not least, elle a demandé une meilleure participation des communautés de pêcheurs qui sont les plus touchées par le fléau de la pêche illicite mais aussi de la surpêche à l’élaboration de politiques nationales dans le domaine en question.

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