Les relations Sino-Africaines: une longue histoire

Depuis le début de la pandémie,  la Chine a distribué plusieurs dizaines de tonnes d’équipements médicaux à différents pays de l’Afrique et a envoyé près de deux cent (200) experts pour prêter main forte aux membres du personnel médical africain. Ces démarches s’inscrivent dans le cadre des échanges sino-africains qui se sont multipliés exponentiellement depuis le début des années 2000.

 

La Chine: premier partenaire commercial de l’Afrique

La Chine est devenue, en l’espace d’une vingtaine d’années, un acteur économique colossal en Afrique. Aujourd’hui, l’ex Empire du milieu est le premier partenaire commercial du continent. Environ 10 000 entreprises chinoises sont implantées en Afrique dans des secteurs variés comme le BTP, la télécommunication et les industries extractives. Le gouvernement chinois investit également de manière massive dans les infrastructures des différents Etats africains. Par exemple, Xi Jinping, secrétaire général du parti communiste chinois, a promis 60 milliards de dollars pour le développement de l’Afrique lors du forum sino-africain tenu le 3 septembre 2018 à Pékin. Celui-ci a également promis d’annuler une partie de la dette des pays les moins développés du continent. 

 

Les échanges Chine / Afrique: une longue histoire

Bien que les échanges entre la Chine et les pays africains se soient accélérés et ont pris une ampleur considérable ces dernières années, les relations sino-africaines sont en réalité vieilles de plusieurs siècles. Bien avant l’arrivée des Européens sur le continent, une flotte impériale commandée par l’amiral Zheng He, figure peu connu en Occident mais célébré en Chine, aurait traversé l’océan indien en 1418, longeant les côtes d’Afrique orientale et commerçant avec les hommes de la Tanzanie, du Kenya et de la Somalie. Plusieurs vestiges archéologiques trouvées sur la côte tanzanienne et la côte kenyane, tel que des monnaies chinoises datant de l’empire Ming ou des bols en porcelaine enchâssés dans des tombes, témoignent de contacts et échanges entre les deux peuples qui pourraient remonter au IXe-Xe siècle. 

L’arrivée des navigateurs portugais et le renforcement de la présence européenne sur le continent africain a relégué la Chine à l’arrière-plan à partir du XVe siècle. Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que des immigrants chinois ont commencé à s’installer dans les Îles et les littoraux de l’océan Indien occidental (Madagascar, Île de la Réunion), mettant à nouveau en place les échanges d’antan mais très loin de l’ampleur que connaît ces échanges actuellement. 

En 1949, l’avènement de la République Populaire de Chine marque un tournant dans la relation entre la Chine et l’Afrique. Les liens créés sont d’abord fondamentalement politiques. En effet, pendant cette période du début des indépendances africaines, la Chine a développé un intérêt particulier pour l’Afrique dans le cadre d’une solidarité tiers-mondiste face aux puissances occidentales. La conférence de Bandung de 1955 marque le point de départ d’une véritable politique mise en place par la Chine au Sud du Sahara. Dans les années 70, cette relation se prouve “gagnante-gagnante”; l’Afrique avait le soutien de la Chine dans son combat pour l’indépendance et la Chine avait le soutien du continent sur sa politique contre Taïwan. L’Afrique permettait également à la Chine d’élever son statut sur la scène internationale en se présentant comme le porte-parole des pays en développement. 

Bien que dans les années 1980, la Chine s’éloigne de l’Afrique pour se concentrer sur ses politiques internes, elle fait un retour en force suite aux évènements de Tien An Men de 1989. Faisant face à un isolement sur la scène internationale, la Chine se retourne vers ses amies d’antan. En mai 1996, Jiang Zemin, secrétaire général du Parti communiste chinois, de 1989 à 2002, a visité le continent et a proposé aux différents pays une stabilisation pérenne et multilatérale des relations sino-africaines. Ce projet se divise en cinq points: amitié sincère, traitement d’égal à égal, unité et coopération, développement commun et approche de l’avenir. La base des relations entre les deux devient, dès lors, économique plutôt que politique. 

Depuis le début des années 2000, le gouvernement chinois incite les entreprises chinoises à investir en Afrique afin de consolider cette coopération Sud-Sud. Un nouveau système d’échanges s’est mis en place. Les pays africains vendent leurs matières premières aux entreprises chinoises qui, en retour, investissent dans leurs infrastructures. La Chine participe donc à la construction de routes, ports, chemins de fer, etc. à travers le continent. Le pays contribue également à environ un sixième (⅙) du total des prêts accordés à l’Afrique, selon une étude du John L. Thorton China Center à la Brookings Institution

Plus qu’un acteur économique, la Chine dispose également d’une influence diplomatique de plus en plus importante sur le continent. Elle compte 52 missions diplomatiques dans les capitales africaines, contre 49 pour les Etats-Unis. La Chine est également le membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui dispose du plus grand nombre de Casques bleus sur le continent (+ de 2000). 

Ces relations sont toutefois régulièrement critiquées. 

 

La Chine-Afrique: une nouvelle forme de Scramble for Africa? 

Aux yeux de nombreux experts, la démarche de Pékin s’apparente à un système néocolonialiste dans lequel les entreprises qui extraient des minerais en échange d’infrastructures et de financements de projets agissent comme des intermédiaires pour le gouvernement chinois et exploitent les ressources du continent au profit du développement de la Chine sans se soucier du développement de l’Afrique. 

La présence des entreprises chinoises sur le continent n’est d’ailleurs pas toujours positive pour les marchés locaux. En effet, les petits producteurs africains ont du mal à survivre face à des produits chinois de moindre qualité mais bon marché. Nombreuses entreprises chinoises choisissent d’importer leurs mains d’œuvres directement de Chine, car ce n’est pas cher, plutôt que d’engager des locaux. Quant à ceux qui engagent des locaux, il y a des dénonciations régulières de mauvais traitements et de mauvaises conditions de travail. 

PLO Lumumba, directeur de la Kenya School of Law identifie le problème en ces termes : “Je pense que les chinois savent ce qu’ils veulent alors que les africains, eux, ne le savent pas”. 

Il semble donc important que les gouvernements africains déterminent rapidement ce qu’ils veulent ressortir de ces échanges et reprennent le contrôle de leur relation avec leurs partenaires étrangers, qu’il s’agisse de l’Occident ou de la Chine. 

Rédigé par Remicard SEREME

Sources: 

 

 

2 thoughts on “Les relations Sino-Africaines: une longue histoire

  1. Merci l’ASPA pour l’article ! J’ai trouvé très intéressant l’histoire de Zheng He que je ne connaissais pas du tout ! Par contre, jee pense qu’il serait nécessaire de souligner certaines choses qui manquent à votre article. Par example la question de la dette des pays africains par rapport à la Chine : en « rachetant » la dette la Chine se munit d’un important levier d’influence sur ces pays, à l’échelle internationale, en les rendant directement financièrement dépendant d’un pays plutôt que d’un organisation internationale comme le FMI. Les conséquences de ce phénomène sont inquiétantes !
    La continuation de politiques illibérales dans certains gouvernements du continent est sponsorisée par la Chine qui prête sans considération politique (contrairement au FMI), cette influence permet au régime Chinois de mettre en avant sa vision d’une scène internationale à qui le respect des Droits de l’Homme importe peu, en comptant parmi ses rang les gouvernements du continent africain. Le projet de la Grande Route de la Soie est le parfait example de la continuation de cette stratégie : promouvoir le « gagnant-gagnant » économique pour mieux asseoir sa vision politique à l’internationale. Je pense qu’il est important que nos gouvernements, et nos peuples, s’en rendent compte. Qu’ils participent aux relations-sino africaines conscients de toutes ces dynamiques.

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