07/02/2019 Séminaire sur les Approches Postcoloniales (SAP)

Etat des lieux du postcolonial

Compte-rendu par Ayrton Aubry

Le 7 février a vu se tenir la première séance d’un nouveau séminaire au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (CERI) de Science Po. Le Séminaire sur les Approches Postcoloniales (SAP), à destination des chercheurs comme des étudiants, s’affirme comme un espace de discussion des méthodes et des thématiques liées aux approches postcoloniales, dans les sciences sociales en général et dans les relations internationales en particulier.

La première séance, qui s’est tenue au 56 rue Jacob, a fait salle comble, et il a fallu chercher des chaises dans tout l’étage pour installer toutes les personnes présentes. La chercheuse Anne-Claire Collier est venue présenter ses travaux issus de sa thèse sur l’état des lieux de la littérature postcoloniale en France.

Anne-Claire Collier considère l’année 2005 comme un moment charnière dans la littérature sur le postcolonialisme en France, et le terme voit son usage se banaliser et se massifier après les révoltes de banlieues de cette année. C’est aussi une étape dans la reconnaissance par la France de sa diversité, et une prise d’importance du débat autour de la race dans les sciences sociales. Cela se traduit notamment par l’organisation de nombreux colloques sur cette question, la traduction d’ouvrages classiques des postcolonial studies, et la parution d’ouvrages français. Dans les revues académiques, des numéros spéciaux sont aussi consacrés au postcolonialisme, sans qu’une définition claire du terme ne fasse consensus.

Anne-Claire Collier relève de manière surprenante que la confusion à propos de la définition des termes employés est également très présente chez les auteurs des articles. Le débat s’est bien complexifié depuis la fin des années 2000 et l’introduction de termes comme “décolonial”, mais les deux généalogies intellectuelles différentes sont de plus en plus distinguées dans la littérature sur ces questions.

Le débat académique autour des questions postcoloniales s’est apaisé entre 2008 et le milieu des années 2010, mais de nouvelles crispations semblent (re)surgir aujourd’hui, non seulement du côté du traditionnel débat entre universalistes et particularistes, mais également à propos de la primauté de la race et du genre ou de la classe sociale dans la société. Les débats autour du dernier ouvrage de Gérard Noiriel sur l’histoire populaire de la France illustrent tout à fait cela.

Cette séance peut-être réécoutée en cliquant sur le lien suivant, et le programme du séminaire est disponible ici.

 

18/02/2019 Conférence-débat à La Colonie

Soirée de lancement du hors-série d’Africulture “Décentrer, déconstruire, décoloniser”

Compte-rendu par Ayrton Aubry

Alors que le site africultures était sur le point de fermer, du fait de la suppression d’une partie de ses subventions, sur lesquelles repose son modèle économique, les membres de ce journal en ligne ont cherché des solutions. Un appel aux dons a alors été lancé, via la plateforme ulule, associé à la publication d’un hors-série vendu à 18 euros: Déconstruire, décentrer, décoloniser. Disons le, ce hors-série est une immense réussite, et un monument dans l’édition des magazines. Les textes ne sont pas très longs alors que certains sont écrits par des universitaires de renom, comme Souleymane Bachir Diagne, Françoise Vergès ou Nadia Yala Kisukidi, les thématiques abordées extrêmement diverses, et les formats sont suffisamment variés pour renouveler régulièrement le plaisir de la lecture (entretiens, articles, poèmes, nouvelles etc.). Une série de concours littéraires ayant été organisés en parallèle à l’écriture de ce numéro, les lauréats y présentent leurs travaux. Le tout est agencé dans un ensemble d’illustrations somptueuses qui couvrent l’ensemble du magazine.

Le lundi 18 février 2019 une soirée était organisée au bar La Colonie, rue Lafayette, pour que ceux qui avaient commandé leur exemplaire sur ulule puissent le récupérer, et écouter certains auteurs ayant participé à l’ouvrage. Dans une salle comble, Samba Doucouré, le directeur de la revue a rappelé les origines de ce hors-série, ses implications, et l’importance pour un journal comme africultures d’exister aujourd’hui. Plusieurs auteurs sont venus présenter leurs travaux, et un entretien a été réalisé entre Nadia Yala Kisukidi et Françoise Vergès, qui se sont attardées sont la récente école doctorale des Ateliers de la Pensée de Dakar, dont nous vous avions parlé dans un précédent article.

Les différentes tables rondes ont été entrecoupées de lectures de nouvelles et de poèmes, notamment par Aminata Aïdara, ancienne journaliste à africultures et auteure du remarquable Je suis quelqu’un. La soirée s’est finalement terminée par une prestation musicale en live de Rocé, partenaire de ce numéro.

 

20/02/2019

ASPA Conférence avec M. Lakhdar Brahimi.

Compte-rendu par Mallé Fall SARR

Le 20 février dernier, l’ASPA a eu l’honneur de recevoir son Excellence M. Lakhdar Brahimi. Diplomate chevronné, homme d’État algérien ayant participé activement à la libération de son pays du joug colonial, aux premières loges lors de tous les événements ayant jalonné la construction de l’Union Africaine (UA ; anciennement Organisation de l’Unité Africaine ou OUA), M. Brahimi, réelle bibliothèque contemporaine des événements de la seconde moitié du XXe siècle et du XXIe siècle, est venu partager avec nous son expérience, sa vision du monde actuel et de l’avenir du continent africain.

Pour M. Brahimi, la construction africaine a réellement commencé dans les années 1960, puisqu’il estime que la conférence de Bandung de 1955 était plus une conférence asiatique qu’africaine. L’OUA est née en 1963 de la fusion des groupes informels de Monrovia et de Casablanca. Le groupe de Monrovia défendait la coopération intergouvernementale des États nouvellement indépendants, tandis que le groupe de Casablanca voulait une réelle fédération des États africains. L’Union Africaine a pris en 2000 le relais de l’OUA, mais M. Brahimi estime qu’elle peine a réalisé son potentiel malgré sa grande ambition. Il faudrait d’abord en revoir la Charte, qui n’est qu’une pâle copie de celle de l’Union Européenne, et en rédiger une nouvelle plus adaptée aux réalités du continent. M. Brahimi déplore aussi le manque d’unité et de leadership auquel fait face l’UA, notamment depuis la mort de Kadhafi qui, malgré tout ce qui a pu lui être reproché (quelques fois à raison), a joué un rôle particulièrement important dans la construction de l’UA.  Enfin, il pense que l’un des principaux problèmes auxquels l’UA doit faire face est la fébrilité des États qui la composent. En effet, par une résolution de 1964, l’OUA acceptait déjà les frontières artificielles telles qu’elles étaient, estimant que les aspirations d’unité dépasseraient ces frontières une fois les États solides. Cependant, tandis certains d’entre eux continuent à souffrir des affres d’une horrible colonisation n’ayant laissé rien de semblable à une administration ou encore des effets de la guerre froide, d’autres n’ont pas encore réussi à obtenir la loyauté de leurs populations qui restent attachées à des fidélités anciennes, tribales ou ethniques…

Pour M. Lakhdar Brahimi, les efforts de l’ONU dont 8 des 15 missions de maintien de la paix sont en Afrique et ceux de l’UA ne doivent pas être négligés. Il participent à la résolution des conflits et à l’installation de la paix. Cependant, il faut souligner que les interventions extérieures ont très rarement eu les effets escomptés et ont souvent plus apporté le trouble qu’autre chose. La raison en est souvent la volonté d’imposer des choses ou des « valeurs » sans que le temps en soit venu. Il déplore que les termes « démocratie » et « élections » soient martelés à peine un semblant de stabilité obtenu dans un pays en guerre. Il faudrait plutôt laisser d’abord au pays le temps de  panser les blessures et à la population de se réconcilier avec elle-même. Les élections ne permettent pas de faciliter la réconciliation ; elles créent de nouvelles oppositions et confrontations, ou les renforcent.

M. Brahimi souligne l’instabilité du monde actuel. De la fin de la guerre froide à la première moitié des années 2000, il y a eu une baisse progressive du nombre de conflits. Depuis lors, le nombre de conflits augmente de nouveau. M. Brahimi s’interroge sur la signification du « nouvel ordre mondial » tel que prophétisé par Bush fils. Serions-nous aujourd’hui dans ce nouvel ordre, marqué par les frictions entre les États-Unis et la Chine et par une nette baisse de la coopération ? Ou serions-nous encore dans une phase de transition vers ce nouvel ordre ? La question reste ouverte. Ce qui est sûr, c’est que l’expression de « Nouvelle Guerre froide » qui est utilisée aujourd’hui lui semble abusive. Nous ne sommes pas dans une situation similaire à celle de la Guerre froide ne serait-ce que mentalement, dans notre manière de percevoir le péril nucléaire. Toutefois, il ne faudrait pas croire que le danger n’existe plus ; le récent retrait des États-Unis et de la Russie du traité sur les missiles de portée intermédiaire en témoigne bien…

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