“ Etre antillais(e)”, la formulation peut paraître étrange et pourtant , cette recherche offre des centaines de résultats sur Youtube.

De Que pensez-vous sur les antillais? aux incontournables vidéos 10 clichés sur les antillais, les pays d’Outre-mer concernés semblent être l’objet de nombreux mythes. Néanmoins, la plateforme laisse également entrevoir des réflexions plus poussées qui interrogent l’essence de cette culture, sa conscience d’elle-même et son rapport aux autres cultures qu’elles soient africaines, asiatiques ou européennes.

Dans le cadre de notre thème du mois; “l’ Identité”, Le journal de l’ASPA a voulu interroger Chloé Apatout, étudiante en Master Droit économique à Sciences Po sur la signification quelle donne à ses origines antillaises aujourd’hui. 

 

Vaste archipel réparti entre la mer des Caraïbes, le golfe du Mexique et l’océan Atlantique, les Antilles s’étendent de Cuba au large du Venezuela avec les îles de Curaçao et Aruba. Parmi les 42 millions d’habitants que représentent les Antilles, d’où viens-tu?

Chloé Apatout: Je suis guadeloupéenne, originaire d’une petite île appelée Marie-Galante. J’ai aussi des origines vietnamiennes de par ma grand mère paternelle.

 

A partir de ton expérience de femme antillaise vivant hors des Antilles, as-tu l’impression de faire partie d’une communauté soudée?

C.A: C’est compliqué de dire des Antillais que nous sommes une communauté soudée car nous nous divisons souvent sur des points futiles en fonction de si nous sommes Martiniquais ou Guadeloupéens par exemple. Mais en France hexagonale je pense que je fais partie d’un groupe vraiment diversifié que je pourrais être fière de considérer comme une communauté antillaise. Le fait de faire partie d’une diaspora nous a fait grandir et nous a permis de nous rapprocher.

 

Tu parles de France hexagonale, as-tu des anecdotes?Quels sont les clichés que tu entends le plus sur les Antilles?

C.A: Alors là !!! Mon dieu! 

“Les antillais sont toujours en retard, les antillais ne sont pas sérieux. Les hommes antillais ne sont pas fidèles, les femmes antillaises font toujours des histoires”. C’est compliqué de devoir toujours être irréprochable pour lutter contre ça.

 

C’est très intéressant cette sorte de devoir d’être, ce devoir d’ irréprochabilité. A ce titre, existe-t-il un mal-être antillais? Une crise d’identité palpable liée à l’histoire particulière?

C.A: Il y a, à mon avis, un vrai problème lié à notre passé. Déjà entre l’Homme blanc et l’Homme noir. Bien que nous vivions aujourd’hui en communauté il y a toujours une rancœur. Il s’agit toujours de la terre que l’un posséderait injustement après avoir réduit les ancêtres de l’autre à l’état bestial. C’est un phénomène plus visible en Martinique où le blanc propriétaire de terre par les droits du sang et grâce au sang noir versé est nommé: c’est le Béké.

Puis, il y a le problème entre l’Homme noir et l’Homme noir. Le plus clair de peau des deux se construit comme mieux placé, plus beau, plus important. L’autre sera le laid. Ce sont des constructions qui ne viennent pas de nous mais que nous avons intégré. Si l’Homme blanc est LE beau, alors plus on se rapproche de son image plus on est beau. Le défrisage et l’éclaircissement de la peau viennent de cette logique absurde. 

 

Tu nous permets d’aborder une question essentielle: ce que tu nommes “le problème entre l’Homme noir et l’Homme noir”. Penses-tu que le mythe de la compétition voire du mépris entre antillais et africains est fondé /réel?

C.A: C’est difficile de dire s’il est question de mépris ou de compétition… Je pense que c’est avant tout un problème identitaire. L’Afrique fait partie de nos racines mais nous avons tout perdu pendant le processus d’effacement de l’esclavage et de là nous nous sommes forgés une nouvelle identité. Ceux qui ne voient pas la genèse de cette identité rejettent l’Afrique et ses enfants en bloc en disant « je ne suis pas toi, je ne suis pas africain » avec un mépris que seule l’ignorance peut engendrer. Mais, celui qui sait voir au-delà et qui admet que l’Histoire nous lie de bien des façons appellera l’africain « frère ».

 

Selon toi, va- t-on vers une curiosité intellectuelle plus poussée entre Antilles et Afrique ou vers un rejet encore plus marqué?

C.A: Je pense que nous allons vers quelque chose de très beau. Pour le moment ce n’est pas évident mais avec le Mémorial Acte [ou Centre caribéen d’expression et de mémoire de la Traite et de l’Esclavage] nous avons fait un pas en avant afin d’apporter des réponses à ceux qui s’interrogeait sur cette culture. 

Ensuite, et là c’est plus évident, la mode du wax et du nappy ont ouvert une porte sur l’acceptation des origines afro qui saura, à mon humble avis, être une base pour des sujets plus graves.

 

Dernière question: en tant qu’ antillaise, comment t’identifies-tu à l’Afrique? 

C.A:L’Afrique est une mère mais ses autres enfants me rejettent bien souvent. Pour eux je ne suis pas assez noire pour comprendre, pas assez noire pour souffrir les mêmes maux, pas assez noire pour m’intégrer. Ils croient voir dans mon métissage le blanc qui les martyrise alors ils me rejettent.  Parfois pourtant ils pensent par méprise que je suis peule ou touareg et m’arrêtent pour me demander d’où je viens. C’est un compliment qui me fait rire, ils rient avec moi et alors je suis des leurs pour un instant. 

L’Afrique est une grande inconnue dont j’aurais tout à apprendre et savoir ça me fait ressentir cette attraction caractéristique d’un long voyage à venir, vers le continent africain et ses cultures.

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