Une fête de l'indépendance dans la division au Sénégal

Par Aminata Ndiaye.

Mercredi dernier, le Sénégal a célébré ses 58 années d’indépendance vis à vis de la France. Cependant, mécontentements et frustrations ont supplanté la communion nationale escomptée. Les médias et les réseaux sociaux nous ont aidé à prendre la température de la société sénégalaise durant la fête de l’indépendance.

Le discours du président de la République a été accueilli dans les journaux en ligne par des torrents d’insultes et de promesses d’opter pour l’alternance en 2019. L’ancien Premier Ministre et désormais opposant Abdoul Mbaye, a tenu des propos acerbes à l’égard du président de la République, notant que «les jeunes présidents africains de la trempe de Macky Sall sont des colons qui font tout pour faire reculer la démocratie dans nos pays ». Pour le président du parti Rewmi, Idrissa Seck, le chef de l’Etat devrait s’excuser auprès des Sénégalais. L’ancien journaliste de Jeune Afrique Cheikh Yerim Seck, devenu incontournable dans le paysage médiatique sénégalais grâce à ses dénonciations quotidiennes des travers du régime actuel, a rallié le mouvement. Il a pour sa part fustigé l’absence des sujets centraux qui occupent les Sénégalais dans le discours à la nation prononcé par le chef de l’Etat.

Le contexte politique dans lequel s’est tenue la commémoration de l’indépendance est particulièrement éclairant pour comprendre ces réactions très critiques à l’égard du régime. Tout d’abord, Khalifa Sall, le maire de Dakar a été condamné à 5 ans de prison ferme et sommé de verser une amende de 7620 euros. Les délits retenus contre lui sont « faux et usage de faux » et « escroquerie portant sur des fonds publics ». Entre 2011 et 2015, Khalifa Sall et ses collaborateurs auraient détourné 2,8 millions d’euros dans la caisse d’avance de la mairie de Dakar (prévue pour les situations d’urgences) par le biais de fausses factures.

L’opinion publique sénégalaise estime quant à elle que ce procès est une stratégie mise en œuvre par le président de la République pour écarter Khalifa Sall, devenu très populaire au Sénégal, des prochaines élections présidentielles. La frustration des Sénégalais est d’autant plus profonde que le cas de Khalifa Sall ne fait pas office de précédent. Au lendemain de l’alternance de 2012, qui a débouché sur l’arrivée au pouvoir de Macky Sall, le fils de l’ancien chef de l’Etat Karim Wade a été poursuivi par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei). Cela a débouché sur sa condamnation à 6 années de prison ferme (ainsi qu’une amende de 209 millions d’euros) suivie par une grâce présidentielle. Celle-ci est intervenue après qu’un groupe de travail des Nations Unies a qualifié sa détention d’arbitraire. Beaucoup de Sénégalais estiment que ces poursuites ne sont pas sans liens avec les ambitions présidentielles émises par Karim Wade.

L’autre objet de la colère des Sénégalais concerne la gabegie financière à laquelle se livre le régime actuel, qui faisait pourtant la promesse «d’une gouvernance sobre et vertueuse ». Contrairement à la promesse de rupture et d’exemplarité, les Sénégalais assistent à la création d’institutions financières budgétivores dont le Conseil Économique Social et Environnemental et le Haut Conseil des Collectivités Territoriales. Le premier est dirigé par Aminata Tall, ancienne ministre de Wade, qui a rallié Macky Sall en tant que membre de son directoire de campagne. Le seconde a à sa tête Ousmane Tanor Dieng, secrétaire général du Parti Socialiste (PS). Cette stratégie de cooptation des opposants décriée par les Sénégalais semble porter ses fruits : le Parti Socialiste (parti de Senghor et Diouf au pouvoir pendant 40 ans) est disloqué entre les partisans de Khalifa Sall et de son actuel secrétaire général Ousmane Tanor Dieng. De nombreux Sénégalais regrettent ce recyclage de politiques grassement payés par l’argent du contribuable en plus de disposer de fonds politiques conséquents.

Une autre source de mécontentement concerne la gestion nébuleuse et familiale des biens publics. Récemment, du pétrole a été découvert sur les côtes sénégalaises. Un contrat d’exploration a été accordé à Petrotim Sénégal, dont le gérant est Aliou Sall, le frère du président de la République. Si la révélation a été faite par Abdoulaye Wade, la critique est présentement portée par les nouveaux opposants au régime : Abdoul Mbaye et Ousmane Sonko. En outre, d’autres concessions d’exploration ont été attribuées à des entreprises étrangères dont le géant français Total. Ce dernier contrat est particulièrement médiatisé, ayant occasionné le limogeage du ministre de l’énergie, Thierno Alassane Sall. Toutes ces polémiques et controverses ont fini par jeter désaveux et discrédit sur le gouvernement sénégalais qui va devoir inverser cette tendance avant les prochaines élections présidentielles prévues en 2019.

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